Condamné.. au bénéfice du doute

Publié le par Argo

Dans la République de Platon, Thrasymaque disait à Socrate « Le juste n'est rien d'autre que l'intérêt du plus fort ». Des siècles plus tard, dans notre république, ce credo est en passe de tuer le vieux proverbe « Dans le doute, abstiens-toi ».
 
Jeudi 13 novembre 2007 au soir, 7 juges ont estimé qu'Yvan Colonna avait bien participé au cambriolage de la gendarmerie de Pietrosella puis à la planification de l'assassinat, et surtout qu'il était cet homme à la perruque blonde qui abattit le préfet Erignac, à bout portant, de trois balles dans la nuque, un sinistre soir de février 1998.
 
Ce qui l'accuse ? Aucune preuve matérielle : il n'apparaît dans aucun des messages téléphoniques échangés par les membres du commando, aucune empreinte ou trace d'ADN n'a été relevée à Pietrosella ou sur la scène du crime et Marie-Ange Contart, l'unique témoin oculaire à avoir croisé le meurtrier ne l'a jamais reconnu. L'autre témoin, Joseph Colombani, a assisté à la scène d'un peu plus loin (25 mètres). Il ne le reconnaît pas non plus et affirme n'avoir vu que deux hommes et non trois comme l'accusation le prétend. Ce qui exclue la présence de Colonna.
 
Ce qui l'accuse ? Une poignée de témoignages d'hommes et de femmes qui depuis se sont rétractés et on blanchi le berger corse, même si c'est « du bout des lèvres ». Mais en quoi les témoignages qui aujourd'hui innocentent Yvan Colonna seraient-ils plus soumis à caution que ceux qui l'accusaient il y a cinq ans ? A l'inverse, en quoi un Alessandri serait-il plus crédible en accusant le berger Corse du meurtre qu'en s'accusant lui-même ?
 
Ce qui l'accuse ? Les déblatérations d'une poignée de hauts fonctionnaires mis depuis en examen ou à la retraite, patrons de gendarmerie et autres barbouzes pathétiques, irresponsables et barbares représentants d'un Etat Français qui depuis trop longtemps n'a trouvé d'autre voie en Corse que celle du pourrissement, du renvoi dos à dos et du dressage d'une partie des Français contre l'autre, dans l'île comme sur le continent. Une caricature de politique qui prêterait à rire et sourire... en d'autres circonstances. Et si elle n'était pas menée à la fois contre l'intérêt des Français et contre le gré des Corses.
 
Ce qui l'accuse ? L'intime conviction de 7 magistrats professionnels dont l'indépendance avait été mise en cause avant même le procès (Yvan Colonna déjà condamné ?). Une instruction intégralement menée à charge, bâclée au petit malheur la chance, un simulacre de justice compassionnelle, l'exploitation systématique du haut-le-coeur inspiré par la lâcheté et l'atrocité du crime et de la sympathie pour le juste malheur de la veuve, une savante mise en scène de l'horreur et du chagrin. Des mois passés à souffler sur les braises du dégoût et de la pitié pour sacrifier Colonna sur le bûcher de l'émotion publique. Mince ! D'indignation, j'en virerai presque Guaino.
 
Ce qui l'accuse ? Plus que tout ! L'intime conviction (elle n'a pas varié au fil du temps) de ce ministre de l'intérieur qui se félicitait à l'époque de l'arrestation de « l'assassin du préfet Erignac », au mépris de la plus élémentaire présomption d'innocence. En somme, la rancœur tenace d'un homme auquel rien ne saurait résister et qui depuis a fait son chemin.
 
Que nous reste-t-il aujourd'hui ? Des empreintes digitales non identifiées, des doutes sur la participation d'un autre homme que personne ne cherchera plus jamais, une enquête close entre affaire malentendue et satisfaction du déboire accompli, une possible révolte, une nouvelle flambée de violence dans l'île, la douleur des familles, des proches d'Erignac et de Colonna.
 
Ah mais j'allais oublier ! Il nous reste la satisfaction d'un président qui voit son postulat confirmé, 5 ans plus tard, par une justice docile. Et quelle justice ! Mais que notre garde des sceaux continue à se pavaner, saboulée comme Barbie, en parure Dior à la une de Paris Match.
Si son expérience est trop courte pour compter Dreyfus au nombre de ses références, sa nationalité, elle, est suffisamment fraîche pour qu'on l'exhibe comme le symbole étincelant d'une intégration réussie... Notamment aux yeux de familles de Seine Saint Denis dont un quart vit avec moins de 845 Euros par mois ( Approches de la pauvreté en Île-de-France, Insee et Caisses d'allocations familiales d'Ile-de-France, janvier 2007).
 
Merci Rachida car grâce à vous, le monde entier connaîtra bientôt la France, j'entends celle de la place Vendôme, plus par ses bijoutiers-joailliers, maisons de haute couture et autres hôtels de luxe, que par... son ministère de la justice.
 
En notre royaume aussi, sous les dorures de la république, il y a quelque chose de pourri. Ses dirigeants sont impudents et sa justice est pauvre.
 
Rien ne peut justifier un acte aussi ignoble que l'assassinat de Claude Erignac. Devons-nous pour autant accepter cette mascarade de justice ponctuée par un verdict incompréhensible dont nul ne saurait affirmer qu'il venge la mort du préfet de la république, ni même qu'il honore la mémoire de l'homme ? Fallait-il, pour raison d'état ou tout autre moins avouable, condamner Yvan Colonna, sans sourciller... au bénéfice du doute ?
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M
Bonsoir,<br />  <br /> <br /> Vous avez  raison de ne pas publier cet article sur AV, car même si nous martelons  que nous voulons uniquement la justice,<br />  <br /> <br />  avec pour principe : Un homme ne peut être condamné quand il ne peut apporter la preuve de son innocence. Il incombe à la justice, en France de PROUVER la culpabilité d'un inculpé, pas l’inverse.    Ils nous rétorquent que ce n’était pas juste d’assassiner ; ce en quoi je suis parfaitement d’accord, mais faut il  pour  réparer, commettre un  déni de justice, est ce vraiment rendre justice à la victime et à sa famille ?<br />  <br /> <br />  Même avant l'ouverture du procès je craignais qu'ils ne commettent l’erreur, c'est arrivé ; mais ce qu'ils ne savent pas, ou feignent d'ignorer c'est qu'en agissant ainsi ils "fabriquent" de futur terroristes, des jeunes impressionnables et qui se persuadent ou que l'on persuade que la justice n'existe pas pour  eux.        <br />  <br /> <br />  Mais que dire quand on prend pour témoignage comptant les dires de femmes [et alors ce statut ne leurs donne pas la qualité de "à croire sur parole", (au passage comme vous le savez, je suis une femme moi même, donc il ne s’agit pas là de sexisme primaire)] dont les compagnons sont parties prenantes dans le procès. Depuis quand des témoignages, sans preuves tangibles  suffisent à des magistrats professionnels pour condamner un homme à perpétuité.<br />  <br /> <br /> Et s'ils sont si surs d’eux, pourquoi la peine n'est elle pas incompressible ? Incompréhensible, n'est ce pas ?<br />  <br /> <br /> Pensées amicales<br />  <br />
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S
Oui, nous ne disons pas autre chose, nous le disons à partir de plans et d'angles différents, comme on dit chez les monteurs  au cinéma. <br /> La sagesse eut probablement été dans le "in between", mais le consensus mou, c'est pour Bruxelles, rarement pour les Cours d'Assises, adeptes du "tout ou rien ", parce que la tragédie grecque à laquelle elles obeissent le requiert.<br /> Sur le fond, j'ai trop fréquenté les prétoires pour parler d'un dossier que je ne connais pas plus que cela.<br /> En revanche, j'ai souvent vu la "double peine" des parties civiles en cas d'acquittement ou de relaxe.<br /> C'est de cela que j'ai voulu parler, à l'époque où le Landernau médiatique donnait l'acquittement comme possible, voire probable.<br /> Je l'ai proposé à Avox ( d'où les problèmes d'espace sur les "retours chariots", je m'excuse d'avoir abusé d e l'espace de votre blog), qui me l'a refusé car:<br /> "pas de lien direct avec l'actualité" (si, si, j'en ris encore)<br /> "le genre littéraire -roman ou nouvelle- n'est pas encore une rubrique dans Avox".<br /> J'ai pris cela pour un compliment....<br />  
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S
Argo,<br /> Auriez-vous préféré ceci?<br /> C’est l’hiver et il fait nuit. Depuis le Golfe d’Ajaccio, un vent mauvais et sinueux comme un crotale a filé jusqu’à Marseille, s’est engouffré dans la vallée du Rhône, puis le Morvan où les loups baissent les oreilles en l’entendant passer. Il est entré dans Paris, soit par Issy, soit par Ivry, jusqu’à une autre île, celle de la Cité.<br />  <br /> <br /> Il a frappé faiblement les vitres du Palais de la Justice des hommes, dans une salle où certains d’entre eux, en robe rouge ou noire, étaient penchés sur un cas, à la lumière blafarde des néons. Une affaire « contre toute personne que l’enquête fera connaître », dit-on.<br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> Il s’agit du cas d’un autre homme, avec un uniforme et une casquette. Un Préfet, cela s’appelle. Il représentait le gouvernement sur une île. Il a été abattu, par derrière, de plusieurs balles de pistolet automatique, par des hommes grimés, alors qu’il allait tranquillement, à pied, au spectacle. Ce jour-là, il ne portait pas sa casquette et son uniforme. Seulement un costume. Ce jour là, le représentant de l’Etat allait à une représentation : des hommes y jouent d’autres hommes, et on fait semblant de croire à leurs histoires.<br />  <br /> <br /> Du théâtre, cela s'appelle.<br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> Mais il n’a pas eu le temps de prendre un ticket et de s’asseoir, puisqu’il est tombé sur un trottoir en pente, avec de petites marches, et son sang tiède lui a vite fait manteau.<br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> Les hommes en robe rouge ont l’air graves. Fatigués, aussi.<br />  <br /> <br /> On entend vaguement des phrases bizarres : « s’il échet », « il appert des circonstances de l’espèce »,  « indices graves et concordants », « absence de preuve irréfragable », des choses comme cela.<br />  <br /> <br /> Mais de là où nous sommes, on n’entend pas bien. On dirait qu’ils disent que si le Préfet est tombé dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau. Que le trottoir était mal pavé. Il conviendra de le réparer. « De méme suite et sans désemparer », note le greffier, « car il appert des circonstances de fait que la dangerosité de ce trottoir est patente et avérée ».<br />  <br /> <br /> Mais on a peut être mal entendu.<br />  <br /> <br /> Ces paroles sont sans force. Ce sont paroles que vent emporte, or il ventait devant la Cité, les emporta.<br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> Et puis soudain, c’est fini, il y a du brouhaha, des cris, des hommes s’embrassent. Ils ont le crâne rasé, des parkas de cuir et des chaussures de sport, alors que ce n’est pas un stade, semble-t-il. Il y a aussi d’autres hommes en robe noire, qui gesticulent, papillonnent comme des moustiques devant la lampe.<br />  <br /> <br /> A y regarder de plus près, ce sont des avocats devant les spots des caméras de télévision.<br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> Les hommes en robes rouges s’en vont d’un pas lourd, avec des dossiers énormes sous le bras, que la lanière ne parvient pas à fermer correctement. Ils marchent, via la salle d’attente des témoins, jusqu’à un couloir avec des armoires métalliques où ils suspendent leur robe.<br />  <br /> <br /> Les plus anciens ont une voiture gris sombre qui les attend. Leurs chauffeurs patientent en faisant tourner le moteur : ils regardent leur montre en se demandant vaguement s’ils rentreront à temps pour voir la deuxième mi-temps d’un match de football.<br />  <br /> <br /> Les moins gradés vont affronter le vent, la pluie et les transports en commun. Peut être pas. Par ces temps de grève, on n’est sur de rien.<br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> Sur l’île Corse, certains débouchent un Patrimonio rosé bien frais. Par ces temps chauds, on n’arrête pas de boire. Il y aussi des figatelli et des beignets de châtaignes.<br />  <br /> <br /> D’autres hommes, en noir, sont réunis en cercle et chantent gravement en se tenant l’oreille avec la main. C’est beau dans la nuit qui monte. Et triste aussi. C’est souvent pareil.<br />  <br /> <br /> D’autres hommes ont éteint la télévision et vont se coucher sans mot dire. Ils ne sauraient dire pourquoi, mais ils ressentent comme une gêne.<br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> Dans la chambre d’un appartement de Paris, la veuve d’un Préfet referme un livre sur la table de nuit. C’est « La chute », de Camus. Elle repense à cette phrase : «  Ah, Monsieur, ce n’est pas qu’on soit mauvais homme, mais parfois, on perd la lumière ».<br />  <br /> <br /> Et puis elle la referme, sa lumière. Celle à l’abat-jour rouge sang qu’elle a ramené d’Ajaccio.<br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> Dans une autre ville, le fils d’un Préfet referme aussi un livre. C’est Carl Jung. La phrase dit : « Je ne crains que celui qui ne craint pas Dieu ». Il pense aux hommes qui n’ont pas eu peur de la colère de Dieu.<br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> Dans une vieille bâtisse du Vercors, il y a un ancien ami du Préfet. Il est vieux et malade, et depuis peu, il relit la Bible. Surtout le passage qui parle de la mort, qui dit qu'il faut être toujours prêt, car on ne sait ni le jour ni l'heure. Etre en tenue de service, une lampe allumée, car tel le voleur s'introduisant dans la maison, on ne le laisserait pas entrer si on savait quand il va frapper.<br />  <br /> <br /> Du coup, il laisse sa lampe allumée. On ne sait jamais.<br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> Les bistrots de Paris, eux, vont fermer leurs lumières: au milieu de la sciure et des odeurs, il y a des hommes qui ne croient ni à Dieu ni à Diable, mais qui semblent en colère. « Est-ce que nous sommes vraiment des guignols, et pour amuser qui ? » disent-ils. Ils en reprendraient bien un autre, pour la route, mais le patron les en dissuade en agitant un index désapprobateur. Par les temps qui courent, il est plus facile de perdre son permis que de gagner un procès d’Assises.<br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> Le lendemain, c’est toujours l’hiver, mais le jour s’est levé. La pluie a cessé.<br />  <br /> <br /> Comme souvent en cette saison, après la pluie, on y voit loin. L’île de la Cité est propre et nette. Les lumières s’éteignent une par une et ne sont remplacées que par les feux stop des voitures qui commencent à s’agglutiner sur les voies sur berge. Ils vont vers le travail, leur maîtresse, leur mari, vers rien. Il faudra bien un jour qu’ils meurent aussi. Mais pour l’instant, on y voit loin, au moins jusqu’à Montmartre.<br />  <br /> <br /> <br />  <br /> <br /> Oui, on y voyait loin, mais pas jusqu’où le Préfet était parti.<br />  <br />
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A
C'est un autre éclairage, un autre style aussi, mais ce n'est pas véritablement l'opposé de ce que j'écrivais. Bien sûr, on ne peut faire comme si rien n'était arrivé et continuer chacun notre chemin après quelques battements de manches.<br /> Dans cette affaire, trop de doutes entourent encore le verdict. La culpablité de Colonna s'impose comme une vérité "par défaut". Une fois admise, le dossier est clos. Pour l'honneur du préfet, pour sa famille, sommes-nous certains que justice a été faite en "chargeant" Colonna ?
S
Argo,<br /> Désolé de ne pas vous suivre- pour une fois- sur ce terrain .<br /> Va-t-il paraitre sur AVOX? En ce cas, je vous y répondrais plus facilement.
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A
Non sandro, Il ne paraitra pas sur Avox. Sur un sujet comme celui ci, je sais que je suis de parti pris.