Crevettes, mangue rotie et crème de roquette
Flora effeuille délicatement la salade au dessus du blender. Ses ongles vermillon, pareils à des perles de sang font crisser les feuilles de roquette d’un vert foncé et brillant. Elle ajoute un trait d’huile d’olive, translucide et ambrée comme la peau diaphane de ses mains fines et longues…
A contre-jour dans la lumière crue de ce début mars, un tablier noué autour de la taille, elle me paraît plus grande, plus mince, plus pâle… Elle verse la crème liquide immaculée comme l’émail nacré de son sourire et le blender emporte le tout dans un tourbillon de fraîcheur jusqu’à ce qu’il ne subsiste plus qu’une sauce lisse et fluide.
Pendant ce temps, j’ai décortiqué les grosses crevettes et mis à brunir leurs carapaces concassées dans un peu d'huile d'olive. Quand elles libèrent bien leurs parfums, j’ajoute le Noilly Prat pour déglacer, je laisse mijoter un quart d'heure à couvert et à feu doux et je passe au chinois. Je remets ce jus filtré dans la poêle, réduit à son expression la plus sincère.
Elle pose sa main sur mon bras, regarde par dessus mon épaule et me dis c’est parfait. Elle se penche sur le four et en sort des petits cubes de mangue qu’elle y a laissé confire doucement pendant 3 heures.
Je fais saisir rapidement les crevettes dans une poêle anti-adhésive bien chaude, avec un peu d'huile d'olive. Fleur de sel, une pincée de piment d’Espelette… C’est prêt.
Nos regards se croisent et nous nous sourions. Elle a sorti deux grandes assiettes blanches. Elle y coule un ovale de crème à la roquette d’un vert tendre et nacré, juste tiédie, puis l’entoure d’un cordon brûlant, orange intense, du jus corsé des crevettes. Elle dispose harmonieusement quelques cubes de mangue par côté, mélangés à des quarts de tomates cerises. Je dresse les crevettes au centre. Une pluche de cerfeuil… Quelques cristaux de fleur de sel…
Elle a retiré son tablier… Déjà les saveurs nous entraînent au dehors, loin des quartiers de Paris. Nous mangeons dans la cuisine, l’un contre l’autre… Debout... Un foisonnement d’émotions nous emporte, ailleurs, au delà du présent et plus loin encore, derrière les complicités du silence !
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