De Neuilly à NDjamena

Notre omni président est en train de se faire une spécialité de la libération d’otages. Après les bambins de la maternelle de Neuilly, les infirmières bulgares en Libye, c’est au tour des hôtesses de l’air et des journalistes de l’arche de Zoé au Tchad. Plus audacieux qu’un raid sur Entebbe, plus hardi que la légion sautant sur Kolwezi ! Plus tambour et trompettes que la douloureuse aventure de Françoise Claustre, également enlevée au Tchad, et dont la libération fut négociée en 1976 par un certain Jacques Chirac alors premier ministre de Giscard d’Estaing, auprès du déjà fameux… colonel Kadhafi. Une vieille tradition, en somme ! En attendant, contentons nous des « merveilleux bonheurs », savourons ces affirmations appuyées des liens d’amitiés qui unissent Nicolas Sarkozy et, par procuration, la France, aux deux figures mondiales de la démocratie et du respect des droits de l’homme que sont Mouamar Khadafi et Idriss Déby. Quel aimable raffinement pour M Déby, patron d’un clan mafieux installé par la DGSE et employeur de soldats âgés de 12 ans. Un subtil ravissement pareil à du Mireille Matthieu dans la moiteur triomphante d’un soir de mai… Un automnal émoi à la lecture d’une lettre de… Mais de qui se moque-t-on au juste ?
Un combat généreux, un soulagement pour les 7 otages et une victoire de Nicolas Sarkozy, certes, mais au goût si amer… Car même les causes les plus nobles peuvent être avilies. Tout d’abord ce voyage, parfaitement inutile, ces marques de gratitude déplacées jusqu’à ces déclarations obscènes. Le président tchadien Idriss Déby Itno peut « compter sur ma reconnaissance et mon amitié » a déclaré dimanche « Paranoïde Sark » qui s’est en outre fendu d’un réjouissant « Merci, cher Idriss, pour ta collaboration. » avant de conclure « Les relations entre le Tchad et la France sont au beau fixe ».
Espérons que nos 6 autres cow-boys de l’humanitaire qui restent détenus au Tchad profiteront de cette boutade à faire mourir de rire une vache du Brahmapoutre exilée dans un âshram de La Villette. Ils risquent d’y moisir entre 5 et 10 ans, ces hallucinés… Moins que les malheureux réfugiés du Darfour mais tout de même ! De nos jours, c’est payé cher l’ingérence privée quand ça se double d’amateurisme. Quant aux 4 ressortissants tchadiens… Qu’ils dessèchent à fond de geôle ces bougres... Nul n’est censé ignorer la loi de la jungle !
Mais peut être que Nicolas Sarkozy n’a pas réellement pensé ce qu’il disait, que ses paroles ne furent que vile flatterie dans le seul but de faire libérer les otages de l’arche de Zoé, de maintenir le déploiement au Tchad de la force européenne (l’arche de la Défense ?) ou d’asseoir la position et les intérêts pétroliers de la France dans la région. La fin justifie parfois les moyens… Un peu comme certaines piperies déclamées en campagne électorale pour berlurer l’électeur gobe-mouche dans le seul but de se faire élire ?
Non ! Je n’ose imaginer une seconde qu’il soit capable de telles… habiletés. Qu’on me corbillarde illico s’il n’est pas sincère. Langue de bois, croix de (Khada) fer, s’il ment je vais en enfer !
En admirant notre icarien président voltiger d’un pays l’autre à tire d’ailes, je revois Victor Hugo « Oh ! Les aimables aventures, les engageantes histoires, et quel voyageur à pied vous êtes ! Rencontrer des ours ou entendre un avaleur de sabres, en vérité, il faut en grande hâte se jeter en bas de sa chaise de poste, et ce sont là de merveilleux bonheurs ! » (Hugo, Le Rhin, 1842). En modernisant le moyen de transport, ça reste d’actualité Victor Hugo. Un peu comme cette France Giscardienne de 1976, mouillée jusqu'au cou dans une Afrique postcoloniale corrompue et malsaine, une époque où les prises d'otages étaient certes plus rares et surtout moins médiatisées. Peu de choses changent, au fond !
Et puis ce doute, alimenté par un article paru dans la Tribune de Genève. On y indique que les autorités françaises et tchadiennes étaient parfaitement au courant de la véritable nature de la mission de l’arche de Zoé, qu’ils avaient donné leur feu vert et qu’au dernier moment, ça a « foiré ». Je me disais aussi qu'on avait quand même du, en France et au Tchad, leur demander ce qu'ils comptaient faire avec un Boeing 747 vide. Ramener du sable ? Des chameaux ? C’est tout de même ardu d’affréter un avion, d’obtenir le plan de vol, l’autorisation de se poser en zone de conflit (délivrée uniquement par le président Déby). Ah le doux parfum d’entourloupe, de ratage, de lâchage… Dire qu’il n’y a que des Suisses (qu’on ne peux pas qualifier d’extrémistes) pour poser la question… Ça sent vraiment très mauvais tout cela et j’espère qu’on saura la vérité un jour.
Au fond, il me vient l’envie pressante de vomir lancer un appel solennel aux organisations humanitaires (vraies ou bidons) : arches en tous genres, amis de Gilgamesh, de Jason, du radeau de la Méduse, médecins de tous les SOS, saint-bernards de tous les rafiots, terre-neuve de tous les naufrages… Par pitié ! N’envoyez aucune de vos ouailles au Soudan, en Corée du Nord, en Birmanie ou autres épatantes démocraties étalons du même acabit.
Parce qu’avec notre président en réincarnation du seigneur offrant son salut à l'humanité, on va rapidement finir plus copains que cochons avec la crème des tyrans, des assassins et des despotes de la planète. Avec juteux contrats d’exploitation pétrolière et ventes de centrales nucléaires à la clé. Au son gaillard du canon, du nettoyage ethnique et du … Tchad Tchad Tchad !
L’article de la Tribune de Genève : Accord secret entre le Tchad et l'association Arche de Zoé
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